L’été creuse une inégalité que votre taux d’absentéisme ne montrera jamais.
En juillet, l’activité ralentit. Les agendas se vident, les réunions s’espacent, une partie des équipes part en congés. Sur le tableau de bord RH, l’absentéisme du mois paraît sage. Beaucoup de directions y lisent une accalmie, et passent à autre chose. C’est précisément là que se joue le malentendu.
Un taux d’absentéisme mesure les gens qui s’arrêtent. Il ne dit rien de ceux qui restent et qui encaissent. Avant les congés, la charge de travail ne baisse pas, elle se concentre. Les dossiers à boucler avant la coupure s’accumulent sur quelques épaules, celles qui ne partent pas encore, celles qui couvrent les départs des collègues. Cette charge-là ne laisse aucune trace dans vos indicateurs, parce que personne ne pose d’arrêt pour elle.
Le tableau de bord mesure l’absence, pas la charge
Le phénomène porte un nom, le présentéisme, et il est documenté. L’Observatoire de la performance sociale 2026 d’Ipsos montre que 70 % des télétravailleurs déclarent avoir travaillé en étant malades pour éviter un arrêt. 58 % ont été malades sans s’arrêter du tout. Travailler diminué, pour ne pas laisser l’équipe à découvert, devient la règle silencieuse de l’été. Le même rapport décrit l’absentéisme comme le symptôme d’organisations qui n’absorbent plus la fatigue et les tensions du travail, et il désigne les sous-effectifs et la répartition inéquitable des tâches comme un facteur central.
Sur le terrain, cela ressemble à peu de choses. Une collègue qui répond aux mails à 22 heures en juillet, alors qu’elle ne le faisait pas en mai. Une autre qui décale sa semaine de congés une troisième fois pour couvrir un service. Un open space à moitié vide où trois personnes font le travail de six. Aucun de ces signaux n’entre dans un tableau de bord. Tous racontent une montée de charge.
Une charge qui pèse plus lourd sur les femmes
Cette répartition n’est pas neutre. Le baromètre WTW publié en septembre 2025 mesure un taux d’absentéisme de 6,1 % chez les femmes contre 4,5 % chez les hommes. L’Observatoire APICIL et JLO confirme l’écart, 5,19 % contre 3,60 %. Ces chiffres décrivent les arrêts visibles. Derrière, il y a tout ce qui ne s’arrête jamais.
La logistique de l’avant-départ repose encore majoritairement sur les femmes. Préparer les enfants pour l’été, organiser la garde, tenir la maison en plus des dossiers. Cette double journée monte en intensité dans les semaines qui précèdent les vacances, au moment précis où la charge professionnelle se densifie.
Pour une partie des femmes s’ajoute une réalité biologique que l’entreprise ne lit pas. Les troubles du sommeil, les bouffées de chaleur, la fatigue de la périménopause, qui s’aggravent avec la chaleur et avec la charge mentale. Une femme qui a dormi trois heures à cause de sueurs nocturnes, et qui termine ses dossiers avant de partir, ne figure nulle part dans votre reporting. Elle tient. Jusqu’au jour où elle ne tient plus.
Ce qui ne se voit pas en juillet ne disparaît pas
La fatigue accumulée avant les congés ne se répare pas toujours en deux semaines de vacances. Une partie revient à la rentrée, sous forme de moindre engagement, d’irritabilité, de présence sans énergie. Parfois sous forme d’un arrêt qui finit par arriver, plus long que s’il avait été posé à temps. Le baromètre WTW rappelle que les risques psychosociaux sont la première cause d’arrêts longs, 36 % d’entre eux en 2024. Un arrêt long s’installe rarement du jour au lendemain. Il grandit dans une charge qu’on a laissée filer pendant des semaines.
Quelques éléments se regardent sans nouvel outil. Qui valide ses congés à la dernière minute, ou les annule. Qui couvre seul plusieurs absences en même temps. Où les heures supplémentaires se concentrent en juin et en juillet. Sur quels postes l’effectif réel passe sous le seuil de confort pendant l’été. Ces signaux existent déjà dans vos données de planning et de temps de travail. Ils dessinent la carte de la charge, celle que le taux d’absentéisme ne montre pas.
Quand on change de lecture, l’été cesse d’être un angle mort. Le nombre d’absents de juillet devient un indicateur secondaire. Ce qui compte, c’est le niveau de charge réelle sur ceux qui restent, et la manière dont elle se répartit entre les femmes et les hommes.
Lire ces signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des arrêts, c’est le travail que nous menons chez Sereniteam. Repérer les postes et les périodes où la charge se concentre. Agir en prévention sur l’organisation du travail, en amont, plutôt qu’en réparation une fois l’épuisement installé. Donner aux managers et aux médecins du travail une grille de lecture commune, qui relie la physiologie des salariées à leur performance réelle, en complément du suivi médical et jamais à sa place.
Un taux d’absentéisme bas en juillet rassure. Il mériterait parfois qu’on s’en méfie. Derrière le silence des indicateurs, il y a celles qui tiennent encore, et qui tiendront jusqu’à l’épuisement si personne ne vient regarder la charge qu’elles portent.
Je suis Talia Heude. Chez Sereniteam, j’accompagne les entreprises du tertiaire à lire la santé des femmes au travail comme un levier de performance, et à prévenir les risques psychosociaux avant qu’ils ne se transforment en coûts. Si le sujet résonne dans vos équipes, parlons-en.
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